Au large de l'écueil by HECTOR BERNIER

Au large de l'écueil

byHECTOR BERNIER

Kobo ebook | February 1, 2017 | French

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Ce livre comporte une table des matières dynamique, a été relue et corrigé.

Il est parfaitement mis en page pour une lecture sur liseuse électronique.

Extrait :

Le Laurentic, paquebot d’allure altière, remontait gracieusement le Saint-Laurent. Il creusait, dans le calme de l’eau, une entaille qui s’ouvrait de toute la largeur de son flanc. L’écume ruisselait, et une vague énorme, courant sur la surface troublée dans un lourd sommeil, allait porter aux deux rives la plainte du fleuve blessé. La cloche du quart sonne allègrement l’heure de midi : une escouade nouvelle de marins accourt à la manœuvre. Le soleil de juillet alanguit les passagers ; les uns, accoudés au rebord, les autres, paresseux dans les chaises longues, subissent l’enchantement du paysage canadien. L’île d’Orléans étale à leurs regards la merveille de ses feuillages et de ses grèves. Le phare de Saint-Jean de l’Île dresse une silhouette blanche sur un quai ancien, et on admire les érables, la coquetterie des maisons groupées autour de l’humble église. Le clocher de Saint-Michel, élancé, flamboyant, paraissait répandre des flots de lumière sur le plus charmant des villages, et, un peu plus loin, sur la hauteur, la flèche de Notre-Dame de Lourdes pointait vers le ciel. On apercevait, à l’arrière, la forme bleue, légèrement indécise de la Grosse-Île et celle de l’Île aux Grues, les rochers menaçants des Îlets de Bellechasse, la presqu’île élégante de Saint-Valier, la demeure solitaire tapie dans un nid de verdure de l’Île Madame. Le transatlantique se hâte vers Québec ; les rivages, toujours plus près l’un de l’autre, semblent se diriger vers un rendez-vous. Au loin, quelques voiles attendent la brise. Le pilote songe, avec une étrange volupté, que la machine frémissante est docile à ses ordres. On dirait que le quartier-maître, dont les yeux reflètent l’infini des mers, poursuit un rêve.

Seuls témoins du mystère que laissait entrevoir le visage hâlé de l’homme à la roue, deux passagers s’arrêtèrent, un moment, émus, silencieux, fascinés. Ce colosse revivait-il ses naufrages d’autrefois ? Son imagination le transportait peut-être aux terres lointaines. La vision du village natal lui souriait-elle à travers l’espace ? Se souvenait-il de la dernière caresse de son enfant ou de la dernière étreinte de sa femme ? Était-ce un de ces poètes au cœur simple dont la magie de l’heure ensorcelait l’âme ?

— Les traits de ce matelot sont étonnants, n’est-ce pas, Mademoiselle ? dit Jules Hébert à celle qui l’accompagnait. Ce serait un passionnant modèle pour un sculpteur…

— En effet, nous avons la même impression… Il y a, dans son attitude, quelque chose de fier, d’un peu douloureux qui m’intrigue… Vous aviez raison, c’est un sujet digne de Rodin.

— Les sourcils trop fournis, les épaules trop massives, les mains trop rudes s’effacent : il pense, il sent, cela rayonne, c’est de la Beauté…

— Toujours de la Beauté…, reprit-elle. Depuis le matin, c’est une ivresse de beauté. Ce voyage du Saint-Laurent m’enthousiasme. Vous redoutiez de m’avoir trop fait espérer, vous ne m’aviez pas assez promis. Votre fleuve canadien est un noble et grand seigneur et je l’aime…

Et, de nouveau repris par la griserie de la nature, ils se promenèrent. Bien souvent, depuis une semaine, ils avaient ainsi mêlé la cadence de leurs pas. Ignorant tout l’un de l’autre, la veille, Jules Hébert et Marguerite Delorme avaient été réunis par cette intimité spéciale, rapide, impulsive du bord. On dirait que l’Océan grandit les sympathies et les répulsions qui naissent du choc fortuit des êtres humains. Ils s’étaient racontés l’un à l’autre, et déjà, savaient presque tout de leur passé, de leur jeunesse, de leur mentalité, de leurs voyages, de leurs espérances. Elle avait, gravé à jamais dans sa mémoire, le rayon de joie intense qu’avait lancé l’œil du jeune homme, lorsque les feux de Belle-Isle eurent soudain percé la nuit. Elle l’entendait encore murmurer avec passion : « Que je suis heureux de te sentir, là, près de moi, mon Canada bien-aimé. Je vais donc te revoir, te contempler, te servir encore. Bientôt, nous vivrons ensemble : ma poitrine aspire déjà le souffle qui vient de ton golfe… Je vous demande pardon, Mademoiselle, je me suis oublié. J’éprouve une exaltation plus forte que ma volonté. Tout l’amour de mon pays me gonfle le cœur : c’est la première fois que j’y reviens de si loin. J’ai vécu, là-bas, des heures profondes où le meilleur de moi-même a vibré, où j’ai connu la plénitude de l’existence. J’ai glissé sur l’onde immortelle, le soir, à travers Venise endormie ; j’ai vu, des hauteurs du Pincio, le couchant inonder Rome de féerie et de splendeur, et, du sommet du Vésuve, la baie de Naples et la campagne italienne dérouler leur poésie empoignante, et j’ai vu, de la Tour Eiffel, le Paris gigantesque de mes rêves, et, à la Comédie-Française, où l’on jouait « Œdipe-Roi »

Title:Au large de l'écueilFormat:Kobo ebookPublished:February 1, 2017Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

The following ISBNs are associated with this title:

ISBN:9990052547565

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