Jacques et Marie by Napoléon Bourassa

Jacques et Marie

byNapoléon Bourassa

Kobo ebook | January 28, 2014 | French

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En 1710, Port-Royal fut pris par les Anglais, qui le nommèrent Annapolis. C’était le centre de l’établissement le plus considérable des Français en Amérique, l’un des appuis importants de leur puissance et le point qui avait toujours le plus menacé les colonies britanniques.

En 1711, toute la presqu’île acadienne subit le sort de Port Royal : la France l’abandonna par le traité d’Utrecht.

Ce traité laissait une latitude de deux ans aux anciens habitants pour disposer de leurs biens et rentrer dans les domaines de leur patrie ; il ne spécifiait rien pour ceux qui voudraient rester sous le sceptre des nouveaux maîtres.

En 1714, Nicholson, gouverneur d’Annapolis, invita les Acadiens à prêter le serment d’allégeance ou à quitter le pays dans l’espace d’un an. Beaucoup de ces pauvres gens croyaient que ce serment était d’une nature indissoluble, et qu’il y avait crime à le prêter à un souverain après l’avoir formulé pour un autre ; ils étaient unanimes, d’ailleurs, à ne faire cet acte solennel qu’après avoir reçu l’assurance que leurs services ne seraient jamais requis contre la France. Ils demandèrent donc la permission de s’embarquer sur des vaisseaux de leur nation. Mais on leur répondit que, aux termes du traité, les vaisseaux français n’avaient pas le droit de mouiller dans leurs eaux. Ils se résignèrent à attendre les chances de l’avenir ; pour le moment, ils n’osèrent pas confier leur sort à des navires anglais : un vague pressentiment leur faisait déjà redouter quelque perfidie.

En 1719, pendant une absence du colonel Philips, qui avait succédé à Nicholson, son lieutenant trouva le moyen, soit par violence, soit par ruse, de faire prêter le serment à un assez grand nombre des habitants de la ville et du voisinage. Le gouverneur étant de retour, ils allèrent se plaindre amèrement à lui de l’acte de son subalterne. Philips les calma et leur assura que s’ils prêtaient le serment, on ne les obligerait jamais à porter les armes contre la France. Sur cette promesse, 880 hommes, qui devaient former la portion la plus influente de la population de la péninsule, jurèrent fidélité au roi George Ier.

Depuis lors jusqu’en 1744, les Acadiens, retirés dans leurs foyers, s’occupèrent sans inquiétude de la culture de leurs terres, s’habituant à un état de neutralité que tous, Anglais et Français, semblaient leur confirmer. On les nommait neutrals (les neutres).

En 1744, la politique européenne ayant entraîné de nouveau l’Angleterre et la France sur les champs de batailles, l’Acadie devint un des principaux théâtres de la guerre en Amérique. Les flottes des deux nations vinrent se heurter sur ses côtes. Le siège de Louisbourg par les Anglais, celui d’Annapolis par les Français, occasionnèrent, au milieu des populations acadiennes, des rencontres fréquentes de corps armés qui ne manquèrent pas d’y jeter la perturbation. Un des plus brillants faits d’armes de cette guerre de quatre ans eut lieu à Grand-Pré même, sur le Bassin des Mines, le bourg le plus considérable et le plus tranquille des neutres.

C’était une singulière situation pour ces habitants que celle de voir, du seuil de leurs chaumières, des Français et des Anglais répandre leur sang dans ces combats acharnés. Pendant le désordre de la mêlée, quand ils entendaient la voix de leurs anciens compatriotes les appeler dans l’agonie ou les narguer dans le triomphe, quelle lutte terrible devaient se livrer en eux le sentiment de la nature et celui de la foi jurée !

Comme ils étaient les seuls dans cette partie du continent qui eussent des greniers bien remplis et des troupeaux abondants, les vainqueurs et les vaincus, les citoyens de jadis et les nouveaux maîtres, vinrent s’approvisionner chez eux. L’escadre du duc d’Anville, jetée par des contretemps dans la rade de Chebouctou, était ravagée par la peste : des commissaires vinrent demander des aliments frais pour les équipages décimés, aux Mines, à Cobequid et à Chignectou. On leur en donna ; c’était pour des Français expirants qu’on leur tendait la main, et rien dans leurs nouveaux liens politiques ne leur défendait cet acte d’humanité.

Pendant ces événements, il est naturel de croire que les sollicitations de la part des soldats et des agents de la France, pour persuader aux Acadiens de se soustraire à l’autorité des conquérants, furent fréquentes et vives. Mais aucun fait sérieux n’a prouvé qu’elles aient réussi à faire commettre un acte de trahison à ces âmes loyales, pour qui la parole d’honneur valait un serment. Au contraire, les propos malveillants que les Canadiens leur jetaient en toute occasion, les provisions que leur arrachait de force le corps expéditionnaire de M. de Villiers et la captivité de plusieurs habitants de Grand-Pré, entre autres du vieux notaire Le Blanc, qui fut retenu pendant quatre ans à Louisbourg, comme citoyen anglais, prouve leur fidélité à la Grande-Bretagne. D’un autre côté, il est évident que les Anglais leur reconnaissaient bien le caractère de neutres, puisqu’ils ne leur demandèrent aucuns services militaires durant toute cette guerre.

Title:Jacques et MarieFormat:Kobo ebookPublished:January 28, 2014Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

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ISBN:9990035502093

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