LA MORT DES YEUX by ÉMILE SICARD

LA MORT DES YEUX

byÉMILE SICARD

Kobo ebook | January 23, 2014 | French

Pricing and Purchase Info

$6.36

Prices and offers may vary in store

Available for download

Not available in stores

about

— Resey est-ce bien vous qui êtes près de moi ? Il me semble que depuis que je n’y vois plus je ne devais plus vous voir.

Voilà vos cheveux, voilà vos mains, voilà votre voix…

Êtes-vous bien assise ?

Prenez le grand fauteuil… Il doit être là, dans ce coin que je vous montre…

Je vous retrouve après un long voyage toute la même ; il n’y a guère que mes yeux qui ont vieilli !

Parlez-moi ! Je vous vois mieux quand vous me parlez.

— Je veux que vous ne souffriez pas… Il faut que votre vie soit une rue égale où il fait calme toujours. Nous promenons dans la rue et nous y promènerons si longtemps que vous ne penserez plus qu’il y a d’autres rues et que vous pourriez aller ailleurs.

Vous voulez-bien n’est-ce pas me promettre de m’aimer dans cette rue ?

— Comme ma rue vous sera monotone ! Il n’y aura pas de maisons et de fenêtres ouvertes, il n’y aura que des brumes et votre cœur prendra mal…

Comme vous m’en voudrez si un jour vous reconnaissez le soleil !

— Je ne reconnaîtrai pas le soleil qui vous a quitté ; il sera un indifférent que je verrai passer sans demander à le voir. Le soleil qui n’est pas pour tout le monde ne ressemble plus au soleil.

— Ma rue ! Je crois que nous n’y entendrons que le tintement des sons dans le creux des sébilles !

— Il y aura le bruit des cloches ! Les cloches, dans le soir, sonnent mieux parce qu’on ne les voit pas !

— Notre amour n’aura pas de couleur !

— Il sera intime comme la nuit…

— Vous aurez peur de toute cette ombre que je réfugierai près de vous.

— L’ombre tombe sur les mains mais ne les désunit pas.

— Je vous aime…

— Voulez-vous marcher un peu ?

— Dans ma rue ?

— Dans notre rue.

— Fermez les yeux… sentez lorsque l’on n’y voit pas comme pèsent sur la pensée les choses qui existent ! Il y a tant de vide devant les yeux morts, qu’étonné de ne point trouver une forme à chaque pas, on a la crainte d’être exilé de la vie ! On appelle, on crée… On se dit : là, il doit y avoir un meuble, et l’on s’appuie constamment sur son imagination ; quand elle est lasse, un moment on se laisse aller à la route et c’est lorsqu’on est confiant, habitué au large que l’on se heurte du front et que l’on ne se plaint pas parce ce que l’on a honte, près des autres, de s’être fait mal !…

Où sommes-nous ?

— Sur la terrasse du jardin. Il y a trois marches… Un… deux… trois…

— Je sens la terre.

— Il fait très doux. Les amandiers ont des fleurs.

— Je sens les arbres…

— Appuyez-vous mieux sur mon bras…

— Je m’appuie.

— Voyez, nous marchons bien maintenant ; vos pas sont sûrs.

— Je sens le jet d’eau…

— Il est devant nous. Vous le voyez ?

— Je le vois… Il monte… il a la nuance de mon regard…

— Appuyez-vous.

— Je vois encore le jet d’eau ; il est large comme l’horizon ; il danse… il danse n’est-ce pas ?

— Il a dansé.

— Je croyais qu’il dansait encore… Rentrons, je ne vois plus…

— Vous êtes fatigué ?

— Non… je me sens redevenir aveugle… je crois que nous sommes sortis de la rue… Rentrons…

— Il y a trois marches. Un… deux… trois…

— Un oiseau vient de passer… est-ce un oiseau ?

— C’est un oiseau.

— Vous me mentez… c’est peut-être une feuille dans du vent ?

Title:LA MORT DES YEUXFormat:Kobo ebookPublished:January 23, 2014Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

The following ISBNs are associated with this title:

ISBN:9990034712868

Look for similar items by category:

Reviews