Le grand sépulcre blanc by EMILE LAVOIE

Le grand sépulcre blanc

byEMILE LAVOIE

Kobo ebook | May 1, 2016 | French

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Minuit ! calme profond ! Silence ! silence éternel, grave, supra-terrestre ! Silence tellement silencieux qu’il vacille ! L’oreille saisit le bruissement des atomes, de la lumière ! Silence qui n’est pas sépulcral car il est illuminé, éclairé et vivifié par ce grandiose spectacle du soleil de minuit.

Minuit ! pas une étoile au firmament ! Minuit, et le roi du jour, dans sa course furibonde vers Alpha Centaure, nous traînant à sa suite, brille au fond d’un ciel indigo et lointain. À quelques degrés au-dessus de l’horizon s’étalent paresseusement quelques stratus, nimbés d’or, voguant vers les chaudes régions du sud, et se colorant d’un reflet pourpre. Une cascade de lumière douce, langoureuse, tombe de l’orbe céleste, traverse le détroit de Lancaster, y teinte ses eaux froides de carmin, de safran, d’onyx. Le miroitement des eaux à peine remuées fait apparaître une mer de pierreries sur cette mosaïque liquide. Les monts abrupts, de North Devon et du Nord de l’Île de Baffin, se revêtent de violet foncé, voile sombre, où, de distance en distance, s’allument, sur leurs sommets de larges éclaircies d’écarlate, véritables feux d’artifices allumés par les gnomes, ces lutins capricieux et poétiques des régions arctiques.

Au loin s’estompe l’île Cornwallis, masse escarpée de rochers primaires, s’élevant du sein des eaux, escaladant le ciel de ses trois mille pieds de hauteur. Vue de cette distance, par un effet de réfraction habituelle aux pays du Nord, cette élévation est triplée. Ses rugosités et ses aspérités titanesques sont comme enveloppées d’un voile éthéré, d’une couleur insaisissable, faisant croire aux reflets d’un deuxième soleil invisible, à peine disparu à l’horizon.

Un silence accablant s’étend sur toute cette région. À cette heure apaisée de la nuit-jour, ni les cris perçants du stercoraire-longue-queue et du fulmar, ni les vocalises du bruant, ni le bavardage des milliers de pluviers, taches noires sur le bleu de la mer, ni le croassement du corbeau, ni même le gloussement des ptarmigans se disputant les graines et les lichens de la grève ne troublent cette impondérable quiétude. Pas un souffle ne ride la surface lisse du détroit. Ne croirait-on pas cette scène une immense toile, peinte par un artiste-poète préraphaélite dont l’esprit, dépassant les pouvoirs limités de l’art humain, contemplait jadis en un rêve fantastique, les enfantements grandioses d’un monde nouveau ?

Ce décor, répétition quotidienne de ces millions de changements kaléidoscopiques du spectre luminaire, se produisant au-dessus de cette terre labourée par les cataclysmes antédiluviens, a pour cause le soleil, pour théâtre la combinaison du ciel, des monts, et des eaux, et pour spectateur habituel, l’Esquimau nomade et phlegmatique, roi et maître de ces régions.

Quel voluptueux cinéma que ces mirages flottants, caressants, fluides et équivoques, si communs à toute cette région située au nord du pôle magnétique, pays des glaciers, des mers polaires, des monts altiers, des vallées profondes et vertes où ne croissent ni arbres ni arbustes, où, en été l’on jouit du climat décembrien de la Riviera et où les paysages sont des poèmes vivants, supérieurs aux visions psychiques des romantiques.

La main invisible dirigeant notre monde dans sa tangente céleste, traversée des ellipses et des courbes gravitatoires des astres et des planètes semés dans l’infini, a voulu que cet infiniment petit mais aussi infiniment grand qu’est l’homme, fût témoin de cette coordination astrale, et des déploiements pyrotechniques que la chimie céleste amène sur son chemin visuel.

En cette fin de juillet 1910, un spectateur, seul, perdu au sein de ces régions désertiques, contemplait, du haut d’un rocher, cet inoubliable spectacle. Son esprit, son âme, ses sens étaient pris. Fasciné, ses yeux buvaient les cieux et les monts. Par moments, paupières mi-closes, il revoyait dans l’obscurité, la réalité apparue, ramassant en faisceau les impressions diverses subies, les amalgamant à des sensations refroidies, à toute une gerbe desséchée de vœux inassouvis, de châteaux écroulés.

Ce témoin insoupçonné de millions de mortels, aux traits raffinés, à l’apparence studieuse, de taille quelque peu au-dessus de la moyenne, était nonchalamment étendu sur une peau de renne jetée sur un rocher. De cette méridienne improvisée il contemplait la pompe accompagnant cette course de l’astre-roi, à minuit. Ses yeux bruns foncés brillaient d’une admiration extatique. À ses pieds dormait un gros animal blanc, se détachant en relief, du noir des roches métamorphiques.

« Grandiose ! Sublime ! La réalité dépasse mes rêves », dit-il à mi-voix, tout en regardant sa montre-chronomètre dont les aiguilles pointaient le midi de la nuit. « Si je ne veux pas perdre la succession des jours, il va me falloir pointiller chaque date.

Title:Le grand sépulcre blancFormat:Kobo ebookPublished:May 1, 2016Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

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ISBN:9990051714449

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