Le Libéralisme by Émile Faguet

Le Libéralisme

byÉmile Faguet

Kobo ebook | June 7, 2016 | French

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EXTRAIT:

Chapitre i. — Les droits de l’homme

 

LE LIBÉRALISME

 

CHAPITRE PREMIER

LES DROITS DE l’HOMME

 

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Cet axiome, qui est à peu près aussi juste que le serait celui-ci : « Le mouton est né Carnivore et partout il mange de l’herbe », est, comme on sait, la première ligne du Contrat social, ouvrage destiné à prouver que l’homme est né libre, à montrer qu’il ne l’est nulle part, à assurer qu’il doit le redevenir et à organiser une société où il serait plus opprimé qu’en Turquie.

Je ne partirai point du tout du même principe. Pour moi l’homme est né en société, puisqu’on ne l’a jamais vu autrement qu’en société, pareillement aux fourmis et aux abeilles, et, comme né en société, il est né esclave, ou, tout au moins, très obéissant.

Si haut qu’on remonte, on trouve des sociétés où un homme commande et où tous les autres obéissent, ce qui est, du reste, absolument nécessaire pour les besoins du défrichement, de la guerre contre les fauves et de la guerre contre les autres hommes.

A remonter plus haut, on ne doit rien dire, parce qu’on ne sait rien. Ce serait faire de la métaphysique historique, jeu agréable et inutile.

Donc l’homme est né esclave, et le despotisme est la forme naturelle des sociétés humaines.

Ce n’est pas à dire que c’en soit la forme nécessaire. Sans croire au progrès, puisqu’il est indémontré et indémontrable, je crois au changement et à l’amour du changement parmi les hommes, comme précisément à leur trait distinctif parmi les autres animaux ; et je crois particulièrement à leur goût éternel de sortir de l’état despotique pour conquérir la somme de liberté individuelle la plus grande possible. En tout temps, à l’exception, naturellement, de ceux qui gouvernent, les hommes voudraient que les hommes n’obéissent point ; et les uns, dans ce désir, vont jusqu’à souhaiter l’abolition de la société elle-même, considérée comme nécessitant le despotisme sous une forme ou sous une autre, les autres cherchent une forme de société où la liberté ait une part et la part la plus grande possible.

Ils y arrivent de temps en temps. Le despotisme est la forme naturelle des sociétés ; mais on y échappe quelquefois, pour un temps, quitte à y retomber plus tard. C’est affaire de race, de milieu et de moment. Une race énergique, qui n’est ni conquise, ni trop conquérante, ni trop menacée, au moment du plein développement de son énergie, de sa raison et de ses lumières — il y faut, je crois, toutes ces conditions — peut se demander si l’Etat, si ce qui la gouverne, homme, groupe, classe ou majorité, a besoin qu’on lui obéisse en tout, intégralement et servilement, comme soldat à son général, pour que la société subsiste ; et elle s’aperçoit que cela n’est pas du tout nécessaire ; et elle établit dans la société qu’elle constitue une certaine somme de libertés, garanties par la Constitution même et par les lois. — Il y a un autre cas, qui, du reste, est le plus fréquent ; c’est celui où, au contraire, la race est faible et par conséquent le gouvernement aussi, et où, sans garanties précises de la Constitution et des lois, des libertés s’établissent, par les mœurs, par les habitudes et par la faiblesse du pouvoir central ; mais ces libertés ne sont que des relâchements, symptômes de décadence et prodromes de mort prochaine, et nous ne nous occuperons aucunement de cet état de société dans le cours de ce volume.

Title:Le LibéralismeFormat:Kobo ebookPublished:June 7, 2016Publisher:Émile FaguetLanguage:French

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ISBN:9990051853636

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