Les Auteurs hindoustanis et leurs ouvrages by Joseph Héliodore Garcin de Tassy

Les Auteurs hindoustanis et leurs ouvrages

byJoseph Héliodore Garcin de Tassy

Kobo ebook | April 22, 2017 | French

Pricing and Purchase Info

$3.07

Prices and offers may vary in store

Available for download

Not available in stores

about

EXTRAIT:

Le sanscrit, langue des anciens Arias, ne fut jamais la langue générale de l’Inde, le pays des sept rivières, sapta sindhu, comme le nomment les Védas[1]. Dans les pièces de théâtre, on le met seulement à la bouche des principaux personnages, mais les femmes et les plébéiens parlent des espèces de patois nommés pracrit (mal formé), par opposition au sanscrit (bien formé)[2]. Le pracrit, qui fut toujours usité à Dehli, ainsi que rassurent les Indiens[3], et qui s’appelait bhascha ou bhakha, c’est-à-dire « langage (usuel) », finit par dominer tout à fait le sanscrit, et reçut le nom de « langue indienne (hindi) », qui ne fut jamais donné au sanscrit, [4]

Dès le commencement du VIIe siècle, les musulmans parurent en conquérants dans l’Inde ; Mahmud le Gaznévide, surtout, y obtint, vers l’an 1000 de notre ère, des succès éclatants ; et, dès lors, le bhakha indien fut modifié dans les villes. Quatre cents ans plus tard, Tamerlan, de race mogole[5], entra dans l’Hindoustan, s’empara de Delhi, et jeta les fondements du puissant empire établi en définitive par Baber, en 1505. Alors la langue indienne (hindi) se satura entièrement de persan, déjà chargé lui-même du nombre illimité des mots arabes que la conquête et la religion y avaient introduits, et l’indien moderne devint, par ce curieux mélange, le confluent du courant japhétique et du courant sémitique, sorte de synthèse philologique tout à fait anormale[6]. Il se forma même un double idiome indomusulman, une langue d’oil et une langue d’oc : l’indien du nord, auquel on donna le nom d’urdu[7] parce que ce fut dans l’urdu (camp) impérial qu’il prit naissance, et celui du midi ou Décan, qu’on nomma conséquemment dakhnî. Mais le hindi ne se perdit pas ; il continua à être, usité en caractères dévanagaris, sans mélange de mots persans et arabes, parmi les Hindous qui étaient peu en rapport avec les musulmans, surtout à la campagne. Il y eut ainsi deux idiomes indiens différents et identiques à la fois, doubles et uniques[8].

Cette séparation de la langue indienne, nommée plus spécialement hindoustani, c’est-à-dire langue de l’Hindoustan, en idiomes hindi et urdu, a reçu sa consécration par la religion, car on peut dire d’une manière générale que le hindi est le langage des Hindous, et l’urdu celui des musulmans. Cela est si vrai, que les Hindous qui ont écrit en urdu ont imité non-seulement le style musulman, mais encore se sont pénétrés des idées musulmanes, et en lisant leurs poésies on ne s’aperçoit guère qu’ils soient Hindous.

 

[1] C’est-à dire les cinq rivières du Punjab, l’Indus et la Saraswati.

[2] Antérieurement aux drames, les livres des budhlstes et les inscriptions d’Asoka sont écrits dans une sorte de pracrit, dialecte populaire du temps.

[3] Préface originale du Bag o Bahar et l’Açar ussanadid, cité plus loin.

[4] Si ce n’est par les auteurs arabes, qui ont confondu le langage parlé avec le langage écrit. J’ai déjà remarqué ailleurs qu’il en est de même pour la langue latine, à laquelle on n’a jamais donné le nom de langue romaine, tandis que cette appellation a été réservée au vieux français, qui se forma au moyen-âge par la simplification du latin enrichi des débris de ranclenne langue des Gaules.

[5] C’est à cause de cette circonstance que les Indiens ont appelé Empire Mogol le grand empire musulman de Delhi, et que nous en nommions le souverain le Grand Mogol. Au surplus, on donne dans l’Inde le nom de Mogols à tous les musulmans venus du Nord, qu’ils soient Persans ou Tartares d’origine.

[6]  Ce que je dis ici se rapporte à l’arabe, car les mots proprement persans rentrent dans la famille indienne.

[7] Pour zaban-i urdu, « langue de camp », ainsi qu’on le verra plus loin.

[8] M. J. Beames, auteur des Outlines of indian phdlology, m’apprend que, d’après un recensement officiel récent, il y a plus de soixante-dix millions d’Indiens dont la langue maternelle est l’hindoustani, qui est d’ailleurs entendu dans toute l’Inde et même dans les pays voisins. L’honorable sir Erskine Perry, président de la Société asiatique de Bombay, a donné, dans le numéro de janvier 1853 du journal de cette Société, un article intéressant sur la distribution géographique des principales langues de l’Inde, lequel est accompagné d’une carte qui la montra aux yeux.

Title:Les Auteurs hindoustanis et leurs ouvragesFormat:Kobo ebookPublished:April 22, 2017Publisher:Joseph Héliodore Garcin de TassyLanguage:French

The following ISBNs are associated with this title:

ISBN:9990052791005

Look for similar items by category:

Reviews