Les Mystères de Londres by Paul Féval

Les Mystères de Londres

byPaul Féval

Kobo ebook | August 29, 2016 | French

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EXTRAIT:

PREMIÈRE PARTIE. LES GENTILSHOMMES DE LA NUIT

 

I PAR LE BROUILLARD.

 

Un soir de novembre, — un soir de dimanche, — le bon capitaine Paddy O’Chrane était attablé devant un gigantesque verre de grog dans le parloir de la taverne The Crown’s Arms.

Comme il y a dans Londres un demi-cent de tavernes qui portent pour enseigne les Armes de la Couronne, nous ne croyons pas inutile de spécifier que l’établissement dont nous parlons ouvre ses quatre fenêtres, ornées de rideaux rouges, et sa porte qui surmonte un raide perron de cinq marches, dans Water-Street, au quartier de la Tour.

Quant au capitaine Paddy, c’était un Irlandais de six pieds de long sur six pouces de diamètre, vêtu d’un frac bleu à boutons noirs, d’une culotte chamois, bouclant sur des bas de filoselle, et chaussé de larges souliers non cirés. 

De l’autre côté du parloir (the parlour [1]) s’asseyait un homme d’une quarantaine d’années, à la physionomie honnête et calme. Il portait un costume décent, sans prétentions à l’élégance, mais éloignant toute idée de gêne.

Ses yeux, immobiles et dilatés, avaient le regard fixe des yeux qui ne voient plus. Il venait parfois à la taverne, où il était connu sous le nom de Tyrrel l’Aveugle.

Mistress Burnett, la souveraine de céans, dont le trône était naturellement dans le comptoir, venait à de rares intervalles dire un mot gracieux au capitaine Paddy, qui, très évidemment, était un habitué de la maison.

Une fille de taverne se tenait debout entre les deux portes.

Cette fille eût fait sa fortune à ne rien faire, au temps où les artistes étaient des princes et payaient leurs modèles au poids de l’or. Elle était admirablement belle. Autour de son front, dont le profil rappelait la courbe idéale du dessin antique, il y avait comme une auréole de robuste et calme dignité. Ses longs cheveux, d’un noir de jais, tombaient en larges boucles sur ses épaules demi-nues. Sa taille, magnifique en ses contours, gardait une grâce latente, mais exquise, parmi sa vigueur hautaine, et ajoutait à la fière perfection de son visage, comme un noble piédestal met en lumière la valeur d’une statue.

Le type juif dominait dans ses traits, et sa carnation n’était point celle d’une Anglaise.

Elle était debout. Dédaigneuse du point d’appui que lui offrait le lambris, elle n’inclinait point sa superbe taille, dont les profils immobiles semblaient de marbre. Son œil noir, grand ouvert, restait terne et sans reflets comme l’œil d’une somnambule. Nul mouvement parmi les muscles de son visage. La lumière croisée des lampes venait frapper la mate pâleur de son front et s’y absorbait comme en un cristal dépoli. 

C’était sur elle que se fixait sans cesse l’œil sans regard de l’aveugle, qui cependant savourait lentement et à petites gorgées un verre d’eau-de-vie sucrée. Dans l’intervalle qui séparait chaque gorgée de la suivante, ses lèvres remuaient. Il semblait suivre un de ces intimes entretiens que les gens privés de la vue entament souvent avec eux-mêmes.

Dans la salle commune (the tap) une vingtaine d’individus, dont le costume en désordre se rapprochait de celui des watermen (mariniers) de la Tamise, venaient d’arriver ensemble et buvaient, debout, le petit verre de gin pur.

— Susannah ! dit le capitaine Paddy O’Chrane, mélangez-moi, mon cœur, pour six pences de gin avec de l’eau froide, sans sucre… Vous mettrez une idée de citron, Susannah !

La belle fille à qui s’adressait cet ordre ne l’entendit point et ne bougea pas.

— Je veux être damné si elle m’entendra ! grommela le capitaine ; je vais me voir forcé d’appeler mistress Burnett.. Mistress Burnett !

La dame et suzeraine de la taverne des Armes de la Couronne entra d’un pas majestueux et discret à la fois. Elle était fort rouge, fort courte, et portait un bonnet dont le fond de dentelle avait bien deux pieds anglais de haut.

 

[1] Une taverne peut avoir plus, mais non pas moins de trois pièces : the parlour pour les gentlemen ; the bar, le comptoir ; et the tap, le cabaret, la salle commune où boivent les gens du peuple.

Title:Les Mystères de LondresFormat:Kobo ebookPublished:August 29, 2016Publisher:Paul FévalLanguage:French

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ISBN:9990052130255

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