Les Pardaillan Annoté by MICHEL ZÉVACO

Les Pardaillan Annoté

byMICHEL ZÉVACO

Kobo ebook | July 28, 2016 | French

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 Extrait :

La maison était basse, toute en rez-de-chaussée, avec un humble visage. Près d’une fenêtre ouverte, dans un fauteuil armorié, un homme, un grand vieillard à tête blanche ; une de ces rudes physionomies comme en portaient les capitaines qui avaient survécu aux épopées guerrières du temps du roi François Ier.

Il fixait un morne regard sur la masse grise du manoir féodal des Montmorency, qui dressait au loin dans l’azur l’orgueil de ses tours menaçantes.

Puis ses yeux se détournèrent.

Un soupir terrible comme une silencieuse imprécation, gonfla sa poitrine ; il demanda :

— Ma fille ? … Où est ma fille ? …

Une servante, qui rangeait la salle, répondit :

— Mademoiselle a été au bois cueillir du muguet.

— Oui, c’est vrai ; c’est le printemps. Les haies embaument. Chaque arbre est un bouquet. Tout rit, tout chante, des fleurs partout. Mais la fleur la plus belle, ma Jeanne, ma noble et chaste enfant, c’est toi…

Son regard, alors, se reporta sur la formidable silhouette du manoir accroupi sur la colline, comme un monstre de pierre qui l’eût guetté de loin…

— Tout ce que je hais est là ! gronda-t-il. Là est la puissance qui m’a brisé, anéanti ! Oui, moi, seigneur de Piennes, autrefois maître de toute une contrée, j’en suis réduit à vivre presque misérable, dans cet humble coin de terre que m’a laissé la rapacité du Connétable ! … Que dis-je, insensé ! Mais ne cherche-t-il pas, en ce moment même, à me chasser de ce dernier refuge ! … Qui sait si demain ma fille aura encore une maison où s’abriter ! Ô ma Jeanne… tu cueilles des fleurs… tes dernières fleurs peut-être ! …

Deux larmes silencieuses creusèrent un amer sillon parmi les rides de ce visage désespéré.

Soudain, il pâlit affreusement : un cavalier, vêtu de noir mettait pied à terre devant la maison, entrait et s’inclinait devant lui ! …

— Enfer ! … Le bailli de Montmorency ! …

— Seigneur de Piennes, dit l’homme noir, je viens de recevoir de mon maître le connétable un papier que j’ai ordre de vous communiquer à l’instant.

— Un papier, murmura le vieillard, tandis qu’un grand frisson d’angoisse le secouait tout entier.

— Sire de Piennes, pénible est ma mission : ce papier que voici, c’est la copie d’un arrêt du Parlement de Paris en date d’hier, samedi 25 avril de cet an 1553.

— Un arrêt du Parlement ! s’exclama sourdement le seigneur de Piennes qui se dressa tout droit et croisa les bras. Parlez, monsieur. De quel nouveau coup me frappe la haine du connétable ? Voyons ! dites !

— Seigneur, dit le bailli d’une voix basse et comme honteuse, l’arrêt porte que vous occupez indûment le domaine de Margency ; que le roi Louis XII outrepassa son droit en vous conférant la propriété de cette terre qui doit faire retour à la maison de Montmorency, et qu’il vous est enjoint de restituer castel, hameau, prairies et bois dans le délai d’un mois…

Le seigneur de Piennes ne fit pas un mouvement, pas un geste. Seulement, une pâleur plus grande se répandit sur son visage, et, dans le silence de la salle, tandis qu’au-dehors, sur une branche de prunier fleuri, chantait une fauvette, sa voix tremblante s’éleva :

Title:Les Pardaillan AnnotéFormat:Kobo ebookPublished:July 28, 2016Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

The following ISBNs are associated with this title:

ISBN:9990052037554

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