Plaisirs vicieux by Léon Tolstoï

Plaisirs vicieux

byLéon Tolstoï

Kobo ebook | May 1, 2016 | French

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Extrait :

Quelle est la véritable cause de la consommation énorme que font les hommes de toute sorte d’excitants et narcotiques, tels que l’eau-de-vie, le vin, le hachich, l’opium et quelques produits moins répandus, comme la morphine, l’éther et autres substances analogues ? Quelle est l’origine de cette habitude qu’ils ont prise, et pourquoi cette habitude s’est-elle répandue si rapidement et maintenue avec tant de persistance chez les gens de toutes les classes et de toutes positions, aussi bien chez les sauvages que chez les civilisés ? À quoi attribuer ce fait indiscutable que là où le vin, l’eau-de-vie et la bière sont inconnus, on consomme l’opium, le hachich, etc., tandis que l’usage de fumer est répandu dans le monde entier ?

D’où peut venir ce besoin qu’éprouvent les hommes de se plonger dans un état de torpeur et d’ivresse ? Demandez au premier venu ce qui le force à absorber, pour la première fois, des boissons alcooliques, et pourquoi il continue, il vous répondra : « C’est agréable, tout le monde boit. » Et peut-être ajoutera-t-il : « Je bois pour me donner du ton, m’exciter cérébralement. »

Il existe encore une autre catégorie de gens, ceux qui ne se demandent même pas s’il est bon ou mauvais de boire des spiritueux. Ils donnent ce prétexte comme argument le plus probant, que le vin est bon pour la santé, qu’il fortifie ; autrement dit, ils s’appuient sur un fait dont la fausseté est reconnue depuis longtemps.

Posez la même question à un fumeur. Demandez-lui ce qui lui a suggéré l’idée de fumer pour la première fois, et ce qui le pousse à persévérer dans cette habitude La réponse sera la même : « Pour dissiper la tristesse. En outre, c’est un usage universellement répandu, tout le monde fume. »

Une réponse analogue ou très approchante nous serait faite par tous ceux qui fument l’opium, le hachich, ou se font des injections de morphine : « Pour dissiper les pensées noires, pour exciter l’activité cérébrale, » enfin « parce que tout le monde le fait ».

On pourrait donner des motifs semblables sans tomber dans l’absurde, pour expliquer que de se tourner les pouces, siffler, fredonner des chansons, par exemple, en un mot, s’amuser par l’un ou l’autre des mille moyens connus, n’exigeant ni dépense de richesse naturelle, ni dissipation de grande activité humaine, n’est nuisible ni aux autres ni à soi-même.

Les habitudes dont nous avons parlé n’ont pas ces caractères anodins. Pour produire le tabac, le vin, le hachich, l’opium, en quantité suffisante pour suffire à la consommation énorme qui s’en fait aujourd’hui, il faut y employer des millions et des millions d’acres des meilleures terres, au milieu d’une population affamée ; et des millions d’êtres humains (en Angleterre, par exemple, le huitième de la population entière) consacrent toute leur existence à extraire des produits narcotiques.

Et ce n’est pas tout : la consommation de ces produits est incontestablement nuisible au plus haut degré, car elle entraîne des maux qui sont la perte d’un plus grand nombre d’êtres humains que n’en détruiraient les guerres les plus sanglantes et les plus terribles épidémies. Et ces hommes le savent. Ils le savent si bien, qu’on ne peut, un seul instant, ajouter foi à leurs arguments quand ils disent qu’ils ont pris cette mauvaise habitude seulement pour dissiper la tristesse et se ragaillardir, ou simplement parce que tout le monde le fait.

Il doit donc exister évidemment une autre explication de ce phénomène étrange. Nous rencontrons souvent dans la vie des parents dévoués qui, tout en étant prêts à faire tous les sacrifices pour le bien-être de leurs enfants, consacrent, pour acheter de l’eau-de-vie, du vin, de la bière, du hachich et du tabac, des sommes d’argent qui seraient absolument suffisantes, sinon pour nourrir leurs malheureux enfants affamés, du moins pour les garantir contre les nécessités les plus immédiates.

Il est donc bien évident que si l’homme, étant placé par les circonstances ou sa propre volonté dans la situation d’avoir à choisir entre la nécessité de soumettre sa famille qui lui est chère à toutes les privations, ou bien de s’abstenir de consommer des narcotiques et des excitants, s’arrête à la première détermination, c’est qu’un motif le pousse, bien plus puissant que le simple désir de rechercher les délices de l’ivresse, ou la considération que cet usage est répandu dans le monde entier.

Title:Plaisirs vicieuxFormat:Kobo ebookPublished:May 1, 2016Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

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ISBN:9990051710571

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