Êtes-vous fou ? by RENÉ CREVEL

Êtes-vous fou ?

byRENÉ CREVEL

Kobo ebook | January 21, 2014 | French

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La Ville. — Tatouée à la monnaie du pape. — Son front de glace déchire une vitre. — Alliance avec le plus équivoque des jours, parmi les 31 d’Octobre. — L’homme. — Parce qu’il ne comprend plus rien, ni aux choses, tu aux êtres, il se précipite chez la diseuse de bonne aventure (comme s’il n’y en avait pas de mauvaise). — Mme de Rosalba, voyante, annonce un mariage. — Neuf mois plus tard, la jeune femme, une rouquine, accouchera d’un enfant bleu. — Mort de l’enfant bleu. — Naissance d’autres bébés multicolores non moins inviables. — Où l’on fait connaissance avec Yolande, demi-mondaine et des mieux huppées. — Mimi Patata l’étoile des Folies-Bergère et ses deux jumeaux d’amants. — Le Prince de Galles et sa broderie anglaise. — Mme de Rosalba n’apprécie guère tout ce monde et dénonce les méfaits du vague à l’âme. — Imprécations. — Conseils. — Mais qui donc pourrait endiguer la marée du destin ? — La rue des Paupières-Rouges. — Jadis… au temps de février porte fièvre. — Le mystérieux oiseau-flamme soudain jailli d’un trombone à coulisse. — Rassemblement, rue des Paupières-Rouges. — Harangue de la Ville. — L’homme emmène l’oiseau-flamme, pour qu’il se repose, au plus haut étage d’un sanatorium gratte-ciel. — Le rucher à malades. — L’heure des gramophones. — Pour échapper au naufrage, à l’aube montagnarde, le regard s’accrochait au fer du balcon. — Privé même d’un tel secours, aujourd’hui, rue des Paupières-Rouges, en plein brouillard, l’homme devient, pour de vrai, M. Vagualame. — Yolande en chair et en os, très décolletée malgré le froid, jaillit du trottoir de brume. — Suivent Mimi Patata et des jumeaux. — Yolande emmène tout ce monde chez elle.

La Ville.

Elle porte collier de visages en papier mâché, mais son chignon joue à l’arc de triomphe.

Ainsi, avant l’ère des nuques rases, toute patronne de bistrot, à coups de guiches, frisettes, franges, boucles, nattes, compliquait, en de chimériques architectures, l’édifice de cheveux et d’orgueil, à même le sol du crâne.

Or la dernière auvergnate, penchée sur le zinc d’un comptoir, où se mire sa tignasse bouffie de crêpés, cimentée à la brillantine, étayée de peignes et barrettes, façon écaille, nymphe de gargote, narcisse femelle, mais défiant tout vertigo — elle vous en donne sa parole — car la tête est bonne, certes, meilleure que celle du freluquet sempiternellement penché sur un ruisseau, et, à poils, le chinois de paravent, la graine de propre à rien, à poils, dehors, dès potron-minet, à se regarder, va donc chochotte, les yeux, le nombril et toute la boutique, tant et si bien qu’il a fini par choir dans la flotte, d’où on l’a repêché mort et nu, plus nu que la main, puisque… mais ne me faites pas dire des cochons, ma bonne ma chère, fouchtri, fouchtra…

…l’ultime maritorne anachroniquement fière du château poisseux et tarabiscoté qui la couronne, déesse de la mayonnaise qui ne cache rien de ce qu’elle sait des cosmogonies, de la politique, des adultères de quartiers, tandis que, goutte à goutte, dans un bol, tombe l’huile de sa sauce, n’est pas la seule de qui s’inspire la Ville.

Mais la grande pétrifiée, au reste, toujours prête, sans qu’on lui demande son avis, à se prétendre capitale du goût, s’est rappelé que les moukères arrangent leurs sequins en parures.

Aussi, cette fille de la fille aînée de l’Église, sur une poitrine asymétrique dont elle a baptisé un sein, et encore le droit, Sacré Cœur (à noter, entre parenthèses, que les enfants de cinq ans trouvent des syllabes à la fois autrement exactes et mystérieuses pour l’état civil de leurs doigts de pieds), l’autre Panthéon (Pan parce que la donzelle, férue d’antiquité, ne déteste pas, non plus, un petit air de flûte et se réjouit fort de ce qui claque : gifles, tir à la carabine, jeux de mots et de mitrailleuses, coups de fusil et de canon ; théon explicable par la seule faute du scribe, qui, avec le même nombre de signes, moins de prétentions et plus de vraisemblance, eût tout bonnement inscrit tétonà son registre), sur un bas-ventre qui a juste ce qu’il faut d’obélisque pour jouer les hermaphrodites et s’appelle lui aussi d’un nom composé (d’abord trois lettres, chacune au sommet du triangle où se tapit ce qui de la femme est le plus apprécié mais le plus calomnié, puis le substantif corde, comme si cette coquette entendait qu’on se pendît au sien), sur son cœur en forme de Palais-Royal, son nombril qui lui sert de fosse aux ours, ses bras, ses jambes, parfumés au goudron, elle a imprimé le tatouage négatif et glacial de la monnaie du pape.

Monnaie du pape, monnaie de singe, petites lunes en papier, sœurs par la sécheresse d’une grisaille qu’elles maquillent, si la boîte à sardines oubliée au pôle, par l’explorateur, peu curieux du paysage, a réjoui la boitante famille des pingouins, l’homme qu’une impitoyable main de fer, sans gant de velours, vient d’arracher au naufrage illimité du sommeil et des draps, meurtri dans son regard et le secret de sa poitrine, blessé au sang par l’acier, dont, après avoir déchiré sa vitre, vient de le frapper la ville casquée, cuirassée de gelée blanche, l’homme n’est plus qu’un moribond relief de nuit.

Title:Êtes-vous fou ?Format:Kobo ebookPublished:January 21, 2014Publisher:GILBERT TEROLLanguage:French

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ISBN:9990034368539

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