Un billet de loterie (Le numéro 9672) by Jules Verne

Un billet de loterie (Le numéro 9672)

byJules Verne

Kobo ebook | January 27, 2016 | French

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Quelle heure est-il? demanda dame Hansen, après avoir secoué
les cendres de sa pipe, dont les dernières bouffées se perdirent
entre les poutres coloriées du plafond.

-- Huit heures, ma mère, répondit Hulda.

-- Il n'est pas probable qu'il nous arrive des voyageurs pendant
la nuit; le temps est trop mauvais.

-- Je ne pense pas qu'il vienne personne. En tout cas, les
chambres sont prêtes, et j'entendrai bien si l'on appelle du
dehors.

-- Ton frère n'est pas revenu?

-- Pas encore.

-- N'a-t-il pas dit qu'il rentrerait aujourd'hui?

-- Non, ma mère. Joël est allé conduire un voyageur au lac Tinn,
et, comme il est parti très tard, je ne crois pas qu'il puisse,
avant demain, revenir à Dal.

-- Il couchera donc à Moel?

-- Oui, sans doute, à moins qu'il n'aille à Bamble faire visite au
fermier Helmboë...

-- Et à sa fille?

-- Oui, Siegfrid, ma meilleure amie, et que j'aime comme une
soeur! répondit en souriant la jeune fille.

-- Eh bien, ferme la porte, Hulda, et allons dormir...

-- Vous n'êtes pas souffrante, ma mère?

-- Non, mais demain je compte me lever de bonne heure. Il faut que
j'aille à Moel...

-- À quel propos?

-- Eh! ne faut-il pas s'occuper de renouveler nos provisions pour
la saison qui va venir?

-- Le messager de Christiania est donc arrivé à Moel avec sa
voiture de vins et de comestibles?

-- Oui, Hulda, cet après-midi, répondit dame Hansen. Lengling, le
contremaître de la scierie, l'a rencontré et m'a prévenue en
passant. De nos conserves en jambon et en saumon fumé, il ne reste
plus grand-chose, et je ne veux pas risquer d'être prise au
dépourvu. D'un jour à l'autre, surtout si le temps redevient
meilleur, les touristes peuvent commencer leurs excursions dans le
Telemark. Il faut que notre auberge soit en état de les recevoir
et qu'ils y trouvent tout ce dont ils peuvent avoir besoin pendant
leur séjour. Sais-tu bien, Hulda, que nous voici déjà au 15 avril?

-- Au 15 avril! murmura la jeune fille.

-- Donc, demain, reprit dame Hansen, je m'occuperai de tout cela.
En deux heures, j'aurai fait nos achats que le messager apportera
ici, et je reviendrai avec Joël dans sa kariol.

-- Ma mère, au cas où vous rencontreriez le courrier, n'oubliez
pas de demander s'il y a quelque lettre pour nous...

-- Et surtout pour toi! C'est bien possible, puisque la dernière
lettre de Ole a déjà un mois de date.

-- Oui! un mois!... un grand mois!

-- Ne te fais pas de peine, Hulda! Ce retard n'a rien qui puisse
nous étonner. D'ailleurs, si le courrier de Moel n'a rien apporté,
ce qui n'est pas venu par Christiania ne peut-il venir par Bergen?

-- Sans doute, ma mère, répondit Hulda; mais que voulez-vous? Si
j'ai le coeur gros, c'est qu'il y a loin d'ici aux pêcheries du
New Found Land! Toute une mer à traverser, et lorsque la saison
est mauvaise encore! Voilà près d'un an que mon pauvre Ole est
parti, et qui pourrait dire quand il viendra nous revoir à Dal?...

-- Et si nous y serons à son retour! murmura dame Hansen, mais si
bas, que sa fille ne put l'entendre.

Hulda alla fermer la porte de l'auberge, qui s'ouvrait sur le
chemin du Vestfjorddal. Elle ne prit même pas le soin de donner un
tour de clé à la serrure. En cet hospitalier pays de Norvège, ces
précautions ne sont pas nécessaires. Il convient, aussi, que tout
voyageur puisse entrer, de jour, comme de nuit, dans la maison des
gaards et des soeters, sans qu'il soit besoin de lui ouvrir.

Aucune visite de rôdeurs ou de malfaiteurs n'est à craindre, ni
dans les bailliages ni dans les hameaux les plus reculés de la
province. Aucune tentative criminelle contre les biens ou les
personnes n'a jamais troublé la sécurité de ses habitants.

La mère et la fille occupaient deux chambres du premier étage sur
le devant de l'auberge -- deux chambres fraîches et propres,
d'ameublement modeste, il est vrai, mais dont la tenue indiquait
les soins d'une bonne ménagère. Au-dessus, sous la couverture,
débordant comme un toit de chalet, se trouvait la chambre de Joël,
éclairée par une fenêtre, encadrée d'un découpage en sapin
amenuisé avec goût. De là, le regard, après avoir parcouru un
grandiose horizon de montagnes, pouvait descendre jusqu'au fond de
l'étroite vallée, où mugissait le Maan, moitié torrent, moitié
rivière. Un escalier de bois, à consoles trapues, à marches
miroitantes, montait de la grande salle du rez-de-chaussée aux
étages supérieurs. Rien de plus attrayant que l'aspect de cette
maison, où le voyageur trouvait un confort bien rare dans les
auberges de Norvège.

Hulda et sa mère habitaient donc le premier étage. C'est là que de
bonne heure elles se retiraient toutes deux, quand elles étaient
seules. Déjà dame Hansen, s'éclairant d'un chandelier de verre
multicolore, avait gravi les premières marches de l'escalier,
lorsqu'elle s'arrêta.

On frappait à la porte. Une voix se faisait entendre:

-- Eh! dame Hansen! dame Hansen! Dame Hansen redescendit.

-- Qui peut venir si tard? dit-elle.

-- Est-ce qu'il serait arrivé quelque accident à Joël? répondit
vivement Hulda. Aussitôt, elle revint vers la porte.

Il y avait là un jeune gars, un de ces gamins qui font le métier
de skydskarl, lequel consiste à s'accrocher à l'arrière des
kariols et à ramener le cheval au relais, quand l'étape est finie.
Celui-ci était venu à pied et se tenait debout sur le seuil.

Title:Un billet de loterie (Le numéro 9672)Format:Kobo ebookPublished:January 27, 2016Publisher:Consumer Oriented Ebooks PublisherLanguage:French

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